
La fin programmée des véhicules thermiques s’est imposée ces dernières années comme l’un des marqueurs forts de la transition écologique européenne.
Fixée à l’horizon 2035, l’interdiction de la vente de véhicules neufs thermiques incarnait une trajectoire claire : accélérer la décarbonation du transport routier et orienter durablement le marché vers l’électrique.
Pourtant, les récentes décisions européennes introduisent des ajustements.
Faut-il y voir un recul, un changement de cap, ou au contraire une volonté de rendre cette transition plus soutenable pour les entreprises et les filières ?
Derrière ces évolutions se dessine une réalité plus nuancée, qui mérite d’être analysée.
Que cherchait initialement à faire l’Europe avec la fin des véhicules thermiques ?
La fin de la vente des véhicules thermiques neufs à horizon 2035 s’inscrit dans une trajectoire européenne engagée depuis plusieurs années.
Cet objectif a été formalisé dans le cadre du paquet législatif « Fit for 55 », adopté en 2022, puis approuvé par le Parlement européen et le Conseil en mars 2023.
L’ambition était claire : fixer un cap lisible et structurant, tout en donnant aux industriels et aux acteurs économiques une visibilité long terme pour adapter leurs investissements et leurs stratégies.
Cette trajectoire reposait toutefois sur une hypothèse forte : celle d’une montée en puissance progressive et relativement homogène du véhicule électrique à l’échelle européenne.
Pourquoi l’Europe a-t-elle introduit des assouplissements au calendrier initial ?
Face aux écarts constatés entre cette ambition et les réalités du terrain, l’Union européenne a progressivement ajusté son approche.
Le 16 décembre 2025, la Commission européenne a rendu public un assouplissement majeur :
l’objectif de réduction de 100 % des émissions de CO₂ des véhicules neufs en 2035 a été remplacé par un objectif de réduction moyenne de 90 %, laissant la possibilité, sous conditions strictes, de maintenir certains véhicules thermiques ou hybrides.
Cet ajustement ne traduit pas un renoncement à la trajectoire de décarbonation.
Il marque une volonté de rendre la transition plus soutenable et réaliste, en tenant compte :
- des contraintes industrielles,
- des rythmes d’électrification inégaux,
- des investissements nécessaires pour les entreprises,
- et des usages professionnels spécifiques.
L’Europe n’a donc pas changé de cap, mais a choisi d’en assouplir la mise en œuvre afin d’éviter une transition brutale et désorganisée.
Que signifie réellement cet assouplissement pour les entreprises ?
Pour les entreprises, ces ajustements ne changent pas la direction de fond : la trajectoire vers des flottes moins émettrices demeure.
En revanche, ils modifient profondément la temporalité de la décision. L’assouplissement du calendrier offre un temps supplémentaire, non pas pour différer les choix, mais pour les structurer de manière éclairée.
Il permet de sortir d’une logique d’urgence pour entrer dans une logique d’anticipation stratégique.
Ce changement de rythme ouvre une opportunité rarement offerte dans les grandes transformations réglementaires : reprendre la main sur la stratégie de mobilité.
En quoi cette évolution ouvre-t-elle une réflexion stratégique pour les Achats ?
La transition des flottes automobiles ne se résume pas à un arbitrage technologique.
Elle engage des choix structurants, à la croisée des usages, des coûts, des contraintes réglementaires et des engagements de long terme.
Dans ce contexte, l’assouplissement du calendrier permet aux directions Achats de se poser des questions essentielles :
- les usages réels des véhicules sont-ils bien connus et objectivés ?
- tous les véhicules doivent-ils suivre la même trajectoire de transition ?
- quels arbitrages opérer entre achat, location ou solutions intermédiaires ?
- comment préserver la flexibilité tout en sécurisant les engagements contractuels et budgétaires ?
Il ne s’agit plus de choisir une motorisation par principe, mais de construire une stratégie alignée avec les besoins réels de l’entreprise.
Vers une approche plus nuancée : la question du mix énergétique
L’assouplissement du cadre européen ouvre également la voie à une réflexion sur le mix énergétique.
Selon les usages et les contraintes opérationnelles, différentes solutions peuvent coexister temporairement :
- mode électrique
- mode hybride
- solutions de transition compatibles avec les trajectoires réglementaires
L’enjeu n’est pas d’opposer les technologies, mais de composer une trajectoire cohérente, évolutive et maîtrisée, capable d’accompagner l’entreprise dans la durée.
Encore faut-il aborder ce sujet avec méthode, recul et une lecture transversale des enjeux.
Une opportunité pour aligner mobilité, usages et performance Achats
La fin progressive des véhicules thermiques dépasse la seule question de conformité. Elle constitue un levier d’alignement stratégique entre mobilité, performance économique et trajectoire réglementaire.
Dans ce contexte, la fonction Achats occupe une place centrale. Par sa capacité à analyser, arbitrer et structurer les décisions, elle transforme le temps offert par l’assouplissement du calendrier en avantage décisionnel.
Les entreprises qui tireront parti de cette évolution seront celles qui auront su :
- comprendre les intentions initiales du cadre réglementaire
- intégrer les ajustements sans perdre de vue la direction de fond
- structurer leurs choix de manière cohérente et progressive
C’est dans cette lecture stratégique qu’Expert Achats accompagne déjà ses clients, afin de transformer une contrainte réglementaire en levier de structuration et de décision éclairée, aligné avec les besoins réels de l’entreprise.
